Monde aveugle FC 51

Ne parlons pas de la France. Elle n’y est pour rien, la pauvre. Parlons plutôt de l’Etat français. Au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, c’est lui qui impose à tous ses habitants d’avancer au pas de Loi, sans dérogation, compréhension ni intelligence. Etonnez-vous après ça que, pour s’en sortir, certains rêvent d’en sortir !

Prenons le cas de l’assurance-maladie des frontaliers. C’est donc décidé : tous les frontaliers travaillant en Suisse et résidant en France seront automatiquement assurés, dès le 1er juillet 214, à la CMU française.

S’agit-il de leur rendre un meilleur service médical ? Certainement pas ! De ponctionner arbitrairement des sommes importantes au bénéfice de l’Etat. Certainement !

« Je ne veux voir qu’une tête », grommelait l’adjudant, imbécile et borné, pour faire mettre en rang les pauvres bidasses. « Je ne veux voir qu’une assurance », reprend l’Etat français, tout aussi imbécile et borné. Une, deux, une, deux. Au pas et en silence.

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Dans les zones frontalières, Pays de Gex en tête, la Sécurité Sociale n’est ni sûre ni sociale. Vivant à quelques kilomètres d’hôpitaux suisses performants (et pas plus chers) les assurés français devaient déjà franchir deux frontières pour se rendre à leur hôpital français habituel. Saint-Julien, peu concurrentiel en matière de soins mais heureusement desservi par les transports publics genevois. Désormais, c’est à la périphérie d’Annecy qu’ils doivent aller se faire soigner. Pas de transports publics. Il faut donc s’y rendre en voiture (pour ceux qui en ont une) ou en taxi-ambulance, ce qui coûte bonbon à la Sécurité sociale. Belle économie !

Selon leur assurance (Lamal suisse, assurance privée française), les frontaliers pouvaient, eux, de faire soigner à Genève (moins d’une demi-heure en bus). L’équité et le bon sens auraient voulu que tous les résidents de la zone frontalière puissent bénéficier des mêmes possibilités. Eh bien non ! Pour l’Etat français, l’équité va consister à faire que tous les habitants du Pays de Gex (sauf les fonctionnaires internationaux, encore une injustice…) devront être hospitalisés à Annecy ou consulter un spécialiste à Lyon. Alors que tous ces services se trouvent à leur porte.

Dès maintenant, de nombreux frontaliers envisagent de s’établir en Suisse pour échapper à cette incongruité. Heureux en revanche les futurs frontaliers. Pour peu qu’ils n’entrent dans le monde du travail après l’application de la loi, ils pourront, eux, choisir entre Lamal suisse et CMU française). Leur préférence ira sans doute à l’assurance suisse, même si elle est aussi coûteuse (peut-être même un peu plus) que la CMU française. La Lamal leur permettra de se faire soigner en Suisse, à deux pas de chez eux.

Au nom de l’égalité, il y aura donc alors, dans le Pays de Gex, quatre catégories d’assurés :

– Ceux qui travaillent en France, resteront affiliés à la CMU et ne pourront toujours pas se faire soigner en Suisse ;

– Les frontaliers de longue date, affiliés de force à la CMU, qui ne pourront plus être soignés en Suisse ;

– Les nouveaux frontaliers, qui pourront se faire soigner en Suisse pour peu qu’ils choisissent de s’assurer à la Lamal suisse ;

– Les fonctionnaires internationaux.

A cette catégorie, il faudra en ajouter une autre : les frontaliers qui, au nom de la libre circulation des personnes, éliront domicile, réel ou fictif, en Suisse sans pour autant renoncer à leur résidence française. Ceux-là ne figureront plus au nombre des frontaliers dont une partie des impôts suisses doivent être rétrocédés à la région limitrophe (communes gessiennes, Conseil général).

Voilà où mène l’obtusité crasse  d’un Etat chauvin, nationaliste, administratif et rétrograde. Un jour peut-être, l’Europe permettra-t-elle à ses citoyens de s’assurer où bon leur semblera. Ce jour-là, la CMU française aura du souci à se faire.

A moins que, d’ici là, le Pays de Gex demande son rattachement à la Suisse.

Liberté, égalité fraternité, qu’ils disaient !

Doigt d'honneur FC 81

 

 

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