Fakirs gessiens

Fakir FC 45

Un projet pharaonique pour capter les emplois. La future ZAC Ferney Genève Innovation voit grand avec ses 20 hectares dédiés à l’économie, des milliers d’emplois et de logements. Un investissement de 184 millions d’euros pour un objectif clair : inciter les entreprises à s’installer ici plutôt qu’en Suisse. »

Avant de découvrir cette future ZAC-miracle, partons d’abord en pèlerinage sur les lieux de précédentes réalisations gessiennes. Ici le Triangle d’Or, merveille des merveilles, qui aurait dû amener des dizaines d’entreprises à Ferney. En friche. Là le fameux Parc d’Activités de Collonges. En friche ou quasiment. Là encore le mirifique Centre international qui aurait dû fleurir sur la commune de Thoiry. Bernique.

Il suffit d’un peu de mémoire et d’un tantinet d’observation pour constater l’évidence : dans le Pays de Gex, seuls les centres commerciaux et les ensembles immobiliers tiennent leurs promesses et le haut du payé. Pas étonnant : en Suisse voisine, les produits de consommation courante, en particulier alimentaires, sont notoirement plus chers qu’en France. Même chose pour le logement, d’ailleurs quasiment introuvable à Genève.

Cette situation avantage en priorité les grandes enseignes et les promoteurs. Pour le quidam, il faut plutôt parler d’inconvénients : la grande distribution paie ses employés avec des cacahuètes et, pour tous ceux qui touchent leur salaire en France, les logements sont hors de prix. Pay de Gex à doux vitesses. Voir trois si on compte les richissimes cheikhs et autres malfrats russes, qui dépensent en un jour ce qu’un ouvrier ne gagnera pas dans toute une vie.

Mais tout ça va changer, promis juré, croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer. Une peine page du Pays Gessien (10.7) suffit à peine pour le démontrer. Le sieur Dominique Guéritey, élu de Cessy et président de la nouvelle SPL (Société Publique Locale) n’a pas le moindre doute, au point de recourut un future plutôt qu’au conditionnel.

A l’entrée de Ferney, de part et d’autre du grand rond-point proche de la douane, deux zones immenses : Paimboeuf et Très-la-Grange, à l’ouest, et le quartier de la Poterie, à l’est. Le premier constitue encore – mais pour combien de temps, l’une des plus belles zones naturelles de la commune, plusieurs dizaines d’hectares où paissent les troupeaux de bovins. Le second, tout juste 15 hectares, constitue depuis une génération l’un des plus hideux quartiers de la région, trois garages automobiles, une très grande surface commerciale, un cinéma, une pharmacie, un restaurant et toutes sortes de plus petits commerces, hétéroclites et tristounets.

Le périmètre de cette immense ZAC a été mis en place par la mairie de Ferney, au temps de l’ex-François 1er, qui s’est empressé de refiler le bébé à la CCPG. Du coup, si par miracle le projet aboutit, ça ne rapportera pas un fifrelin à Ferney. Et s’il capote, ce sera pour la pomme des Ferneysiens. Objectif perdant-perdant, en quelque sorte.

En toute logique, c’est bien sûr le vilain quartier de la Poterie qu’il faudrait réhabiliter en priorité. Que nenni ! Son tour viendra plus tard, s’il vient un jour. La CCPG (via sa SPL) va d’abord réaliser Paimboeuf, puis Trèz-la-Grange, histoire d’engranger les bénéfices nécessaires – mais pas forcément suffisants – à la réhabilitation de la Poterie. Plus facile à dire qu’à faire. Aucun des terrains n’a quasiment encore été acquis, un procès se profile déjà avec un propriétaire et, s’il faut en passer par l’expropriation, il coulera encore beaucoup d’eau sous le pont du Nant, dont le débit est pourtant assez riquiqui.

Cette usine à gaz a été conçue avant le 9 février 2014, date de la votation suisse mettant un terme à l’immigration et, de facto, à la libre circulation des personnes et… des frontaliers. De plus, l’obligation faite aux frontaliers de s’assurer à la Sécurité Sociale (CMU) a de quoi rebuter les futurs candidats. Quelle garantie, malgré les bonnes paroles, de pouvoir continuer à se faire soigner à Genève plutôt qu’à Annecy ou Lyon ? Les nouvelles dispositions fiscales françaises, en particulier en matière d’héritage, ne sont pas non plus de nature à attirer de nouveau propriétaires. Depuis plusieurs semaines, les agents immobiliers gessiens font grise mine et les panneaux « A vendre » font leur apparition un peu partout.

Tout cela n’empêche pas le sieur Géritey d’annoncer 2.500 nouveaux logements sur Paimboeuf et Trèz-la-Grange. S’il s’agit de logements vendus au prix du marché, qui les achètera ? Et s’il s’agit de logements sociaux, qui les paiera ? Pas un promoteur n’acceptera de construite 25ou 30% de logements sociaux s’il n’a pas la garantie de vendre les autres à bon prix. Mais à qui ? A de nouveaux frontaliers qui, pour cause de quotas, n’obtiendront qu’en petit nombre un permis de travail en Suisse ? Ou aux 2.240 nouveaux employés annoncés par Guéritey ? Avec leurs salaires français, pas sûr qu’ils aient de quoi s’offrir plus d’un studio pour une famille de 5 personnes !

Une bonne nouvelle tout de même : les vaches n’ont pas trop de souci à se faire pour leurs pâturages des années à venir. On dit merci qui ? Merci Monsieur Guéritey ! Et bravo à nos confrères journalistes qui gobent sans broncher les bobards de nos flamboyants élus.

 

Alex Décotte, 11 juillet 2014

 

4 réflexions au sujet de « Fakirs gessiens »

  1. Même nos confrères de la « Tribune de Genève » se sont fait avoir. Pour preuve, un entrefilet publié voici quelques jours et qui annonce qu’à Ferney-Voltaire (contrairement au canton de Genève) on arrive à construire du logement sans que cela entraine le moindre coût pour la commune… Tout le monde oublie de dire (à dessein ?) qu’en ce moment, et sans doute pour les années à venir, il faut être suicidaire à investir dans du logement à Ferney. La crise-maison, dont vous décrivez fort bien les ingrédients, ne fait que commencer. Pour retrouver de l’optimisme, attendons que les panneaux « A vendre » soient complétés par des panneaux « Fermeture définitive » sur certaines agences immobilières. Ce sera le signe bienvenu que les prix s’effondrent.

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