Tourisme sexuel : ne pas se tromper de cible

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Coup de colère à la lecture de Marianne, ce vendredi matin. Un long article à charge y accable Somaly Mam, cette jeune femme cambodgienne qui, depuis plus de vingt ans, se bat pour faire sortir des fillettes des bordels de son pays.

On ne brûle bien que ce qu’on a bien adoré. Longtemps, Somaly s’est appuyée sur la presse, la télévision et les people. Longtemps, la presse, la télévision et les people en ont fait leurs choux gras. Donnant-donnant. On ne fait pas d’humanitaire sans céder à quelques sirènes. Les grands projets (Téléthon, Sidaction, etc.) sont là pour le confirmer.

Quel est donc le tort de Somaly aux yeux de la presse d’aujourd’hui ? D’avoir été amenée au bordel par ses propres parents, plutôt que vendue comme elle l’a dit parfois ? Et alors ? Ce qui est sûr, c’est qu’elle a été une gamine prostituée mineure et qu’elle ne l’avait évidemment pas choisi. Elle s’en est sortie, bravo ! Comment ? Tous les moyens sont bons quand on doit sauver sa peau.

Somaly Fondation

Sûre de sa beauté, elle aurait pu changer de vie, épouser un touriste hollandais, un magnat américain, un commerçant chinois, un représentant d’ONG – ce qu’elle a fait, d’ailleurs – et filer avec lui sous des cieux meilleurs, en oubliant les milliers d’autres gamines qui allaient, à leur tour, passer à la casserole de l’infamie. Elle, non !

Elle a choisi de rester au Cambodge et d’arracher un maximum de gamines aux griffes des mafieux. De créer pour elles de petites écoles dans lesquelles étaient – et sont encore – enseignées la lecture, l’écriture, la couture. Je me suis rendu à Phnom Penh en 1998, j’y ai rencontré Somaly, découvert les gamines. Tragique moment de grâce.

A l’époque déjà, Somaly me disait son intention d’aller chercher l’argent là où il se trouve, chez les puissants d’Occident : people, monarques, capitaines d’industrie. Elle l’a fait. Avec succès. D’autres gamines ont pu être extirpées des bordels, d’autres écoles ouvertes.

Que lui reproche Marianne aujourd’hui ? Sa mythomanie ? Si seulement nos politiques, nos vedettes, nos auteurs – et certains de nos journalistes – pouvaient être moins mythomanes qu’elle ! Ses rencontres avec Susan Sarandon, la reine d’Espagne ou les sœurs Bush ? Ses voyages en classe business ? Essayez donc d’être frais et dispos à un rendez-vous important après avoir passé la nuit et traversé les océans en classe sac-à-dos ! D’avoir mis en place plusieurs de ses proches au sein de l’association, rebaptisée « entreprise » par les bien-pensants ? C’est parfois nécessaire pour n’être pas dépossédé de son bébé par des « spécialistes » venus d’ailleurs.

A force de bourlingues et de rencontres, je me suis forgé un petit instinct. A ma connaissance, je ne me suis vraiment trompé que le jour où, après avoir rencontré Bernard Tapie lors de son procès, je lui aurais donné le bon dieu sans confession. Pour Somaly, je me rappelle les visions, les instants, les émotions, les joies et les peines.  Je suis sûr aujourd’hui de ne m’être pas trompé et de pas l’avoir été. A l’heure où le combat d’une vie est jeté en pâture aux chiens, j’ai exhumé en vidéo quelques minutes de cette rencontre avec Somaly et ses gamines. Le document est désormais en ligne : http://youtu.be/4V5hN8_eOf8?list=UUxlsCwexLN3AQ4zhymtkrPg  . Prenez le temps d’un détour et faites-vous votre propre religion !

Alex Décotte

Une réflexion au sujet de « Tourisme sexuel : ne pas se tromper de cible »

  1. Bravo Alex Décotte, belle video ö combien convaincante où l’on entend une femme admirable ! Il faudrait beaucoup de Somaly Mam pour sortir tant de gamines des bordels de tous les pays pauvres ! Facile de la critiquer, même si pour « Marianne » , elle n’est pas si pure ou désintéressée que ça! Et même, au cas où ce soit vrai (ça reste à vérifier), le travail qu’elle fait, c’est ça qui compte !
    Et peut-on lui reprocher de se donner le maximum de chances pour réussir, même si ça n’est pas tout à fait conforme aux idéaux « de Marianne » ? Mythomane ? Non !

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