De grosses coquilles dans le parc

Avec les premiers beaux jours d’été de cette fin de mois d’août, courez découvrir le nouveau grand parc ferneysien, « La Tire », au pied du château de Voltaire. Même s’il n’est pas entièrement terminé, il vaut dès maintenant le détour… et la rigolade.

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Voulu et annoncé à grand battage par François 1er, maire déchu et déçu, le parc aurait dû être l’emblème flamboyant de son second mandat. Hélas, à 19 voix près, il est resté sans voix. Son successeur, Daniel Raphoz, n’a plus qu’à gérer l’héritage. Dans maint domaine, ça risque de n’être pas de tout repos mais commençons aujourd’hui par le fameux parc.

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Les Ferneysiens se souviennent du temps pas si lointain où La Tire n’était qu’un grand pré à vaches coupé par une splendide allée de peupliers, que François s’en empressé de faire abattre sous prétexte de mauvaise santé. Il avait promis de les replanter fissa mais rien ne vint. En coulisse, un de ses conseillers occultes l’avait convaincu de renoncer à l’allée au profit d’un espace sauvage et évolutif, sans rapport avec l’histoire du lieu. L’allée étant classée, il fallut que l’administrateur du château tape du poing sur la table, à plusieurs reprises, pour qu’un double alignement – à peine discontinu – de chênes soit planté, des chênes d’une essence si particulière que plusieurs d’entre eux ont déjà crevé.

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L’étude du parc a pris des mois et des mois et a coûté bonbon. Rien, cependant, en regard de ce que l’achèvement complet sera finalement facturé aux Ferneysiens. Car bien sûr, hormis l’abandon de quelques détails insignifiants, le nouveau maire va bien devoir terminer l’œuvre de son prédécesseur. Et même faire quelques dépenses supplémentaires puisqu’il n’était prévu ni bancs, ni toilettes publiques et que, faute de poubelles, les premiers utilisateurs ont déjà commencé à balancer leurs détritus un peu partout.

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Et que fera-t-on de l’espace « jeu de boules » implanté au bas du parc ? En loudecé, Histoire de dégager un peu plus de terrain constructible, François avait bien l’intention, semble-t-il, d’y exiler les boulistes installés depuis des décennies sur l’emplacement actuel jouxtant la poste. Son successeur étant aussi les président des Boules, gageons que le transfert prendra plus de temps que celui des cendres de Voltaire au Panthéon.

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Très naturellement, le parc de La Tire se devait de rendre hommage à Voltaire, seigneur de Ferney de 1759 à 1778. C’est pourquoi tout ce qui ressemble à des institutions culturelles ou à des associations voltairiennes fut rameuté, dès 2012, pour fournir à la mairie un large choix de citations du philosophe. Après moult commissions, réunions, concertations et conciliabules, on retint une douzaine de textes. Ne restait plus qu’à les couler dans le bronze et à les sceller dans le béton de l’allée centrale. Sauf que…

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Sauf que le fondeur n’avait sans doute pas eu l’occasion de lire Voltaire, ni même de fréquenter l’école primaire. Résultat, une demi-douzaine de fautes, dont certaines assez grossières. Petit florilège…

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« Il est plus doux qu’on ne pense de planter, de semer et de bâtir » (Voltaire à d’Argental, 19 août 1759) devient « Il n’est plus doux… » Négatif !

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« Rien ne se fait sans un peu d’enthousiasme » écrit Voltaire (lettre à d’Argental du 31 août 1761).

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Dans le bronze ferneysien, ça devient « sans peu d’enthousiasme ». Décourageant !

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« La patrie est là où on vit heureux », affirme Voltaire.

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A une autre occasion, il écrit « où l’on vit heureux » mais, à notre connaissance, la version de l’allée ne figure nulle part dans sa correspondance.

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« Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! (Traité sur la Tolérance, 1763). Le joyeux ferrailleur ferneysien, sans doute frappé d’un petit accent, écrit « fréres » !

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L’artisan métallurgiste ne pratiquait sans doute pas l’abstinence. Dans la citation de Voltaire (« Ni l’abstinence ni l’excès ne rendent un homme heureux », il imprime «abstinance» !

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Voltaire avait fait précéder cette sentence de trois petits mots : « Usez, n’abusez pas… ». Que  notre métallo fou ne s’en est-il inspiré ?

 Voltaire girouette

Reste maintenant à réparer toutes ces bourdes, Comment ? Aux frais de qui ? Et d’ailleurs, qui est à l’origine des fautes ? Le service culturel de la mairie ? L’artisan fondeur ? A moins que ce ne soit Voltaire lui-même… Comme disent les habitués du terrain de sport voisin, « laisse béton ! »

Voltaire punk

 A.D., 21 août 2014

 

 

 

 

9 réflexions au sujet de « De grosses coquilles dans le parc »

  1. Entendu à ce propos sur France Inter le 28 août (Le Journal de 7 heures), dans la bouche de M. le Maire: « Que le premier qui ait (sic!) pas fait de fautes d’orthographe me jette la première gomme! ». Voilà qui enfonce le clou.

  2. Il n’y a pas qu’à la mairie qu’on a des problèmes avec les coquilles et les bons à tirer. Alex, il te faut aussi un relecteur. Voir le texte ci-dessus : « Et que fera-t-on de l’espace « jeu de boules » implanté au bas du parc ? En loudecé, Histoire de dégager un peu plus de terrain constructible,… ».

    • Tu as raison, Christine, je devrais me relire avec plus d’attention mais, au pays de Voltaire, de François Meylan et de Christine Franquet, « histoire » mérite bien de s’écrire avec une majuscule, non?

      A part ça, heureux de savoir que tu fais toujours partie des fidèles de Candide. Je ne t’en saluerai qu’avec plus de respect lorsque je te croiserai à vélo dans la rue de Meyrin.

      Alex

  3. S’il n’y avait que les bourdes voltairiennes… La photo de l’allée est assassine. Elle démontre l’obsession de bétonneur qui s’était emparé du maire. On savait que François I rêvait de bétonner la partie sud de l’allée de la Tire. Aujourd’hui, les Ferneysiens découvrent qu’il a même réussi à couvrir de béton le centre de son parc. Un souvenir indélébile dont Ferney se serait volontiers passé !

    • Bonjour.

      J’aime beaucoup votre article relatant cette énorme bourde !

      Il ne manquerait plus qu’au château, il y ait un panneau : ACCEUIL : ))

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