A toi, lecteur

Lecteur Candide FC 30 p3

Toi, lecteur attentif et fidèle de Ferney-Candide, avec qui je partage complicité et tutoiement, tu me demandes pourquoi, dans les pages de Ferney-Candide, je semble ne pas aborder les problèmes de fond et pourquoi je traite généralement les personnages publics par la dérision.

Je pourrais te répondre qu’au fond,  ils ne méritent pas mieux mais, à la réflexion, il me prend l’envie de m’expliquer sur ma vision de l’individu dans la société qui l’entoure. Vaste programme ! L’entomologiste est-il après tout si différent du coléoptère dans lequel il vient de planter son épingle pour mieux l’observer au microscope?

Même sérieux, le journalisme est d’abord la science des trains qui n’arrivent pas à l’heure. Alors, le journalisme satirique, je ne te raconte pas ! Mes proches sont peut-être curieux de savoir ce que je pense de tel ou tel programme politique (je n’en sais hélas pas grand-chose moi-même…) mais les lecteurs, eux,  s’en tamponnent le coquillard avec une plume de mésange. Et ils ont raison. Pour avoir participé, en d’autres temps, à la rédaction de programmes de campagne, je sais ce qu’ils contiennent : ce que les électeurs attendent ou du moins ce que les candidats croient que les électeurs attendent.

Ce qui m’intéresse dans la politique, ce sont les êtres. Certains élus se demandent effectivement, en conscience, ce qui pourrait apporter bonheur et progrès à la collectivité. Pour beaucoup d’autres hélas, il s’agit de trouver dans la société une place que leurs compétences, leurs qualités, leur probité même parfois, ne leur garantiraient pas autrement. Je ne citerai personne. Regarde autour de toi.

Tout ce petit monde est parfois intéressant, souvent drôle. Presque toujours touchant ou, au contraire, dégoulinant de vanité. Certains ne se dévoilent tels qu’ils sont qu’au au fil des années. D’autres se révèlent en quelques attitudes, en quelques rodomontades, lorsque approche la période des élections. Pour le meilleur, parfois. Pour le pire, trop souvent.

Je les observe avec tendresse et ironie. Je fais partager leurs manies, leurs travers, les sentiments que je leur prête, à ceux qui me font la confiance de me lire.

Il m’arrive aussi, parfois, de m’engager corps et âme, au-delà des sentiments que je peux éprouver ou non pour les uns et pour les autres. Vois-tu, lorsque je voyageais beaucoup et longtemps, moi qui n’appartiens à aucune  tribu ni aucune famille élargie, je me demandais souvent, avec une véritable curiosité, ce qu’il se passait là-bas, dans MON village. Telle personne était-elle en voie de guérison, avait-elle trouvé un travail, vivait-elle ses vieux jours dans la sérénité.

Je me demandais également si le maire (j’en ai déjà connu six, le prochain non compris !) était lui aussi à l’écoute de ces êtres, connus ou inconnus, qu’au fond de moi j’aime très fort. De retour au pays, je n’ai pas voulu rester le témoin inactif de leurs joies, de leurs problèmes ou de leurs malheurs. C’est pourquoi je me suis engagé en conscience dans la vie de la cité. Avec des résultats inégaux, certes, mais avec passion, respect et, je crois, probité. Longtemps minoritaire, plus brièvement « aux affaires », l’élu que j’ai été jusqu’à 2008 a beaucoup réfléchi et beaucoup appris.

Pendant la période où j’ai assumé quelques responsabilités à la mairie, j’avais mis l’éteignoir sur la flamme de Candide. Impossible en effet, sauf à frôler la schizophrénie, d’être à la fois juge et partie. En reprenant toute ma liberté, j’ai réappris à rire, des autres comme de moi-même. Et j’ai repris Candide par la main, afin qu’il rie et fasse rire de tous et de tout.

Alex Décotte

6 réflexions au sujet de « A toi, lecteur »

  1. Je vous le dis en loucedé, mais loudecé ne me parait pas vraiment correct même si l’argot est très permissif

  2. Quel beau texte mon Papa… Tu es critique mais sensible, tu attaques sans jamais blesser. Tu proposes des solutions aux problèmes et questions les plus ardus avec un point de vue et une parole d’une justesse rare. Et tu es tout simplement un repère irremplaçable, pour tes lecteurs certainement mais aussi pour ton fils qui t’admire et te lit régulièrement.

    Félicitations et merci.

  3. Concernant les tracas routiers que nous avons connus samedi et dimanche,il semble qu’a Prevessin nous ayons le genie souterrain (cern), mais le genie aerien lui ce fait attendre , les panneaux non a la deviation , ont etés enleves fort opportunement si ce n’est la veille mais qqs jours avant cette manifestation , quand au genie rural du hameau de Veraz ( un beau retrecissemment a une voie) il nous a fait admirer la campagne un bon moment il faut dire que nous avions de la compagnie . Salutations cher candide .

  4. Tout vient à point qui sait attendre, dit le proverbe…MAIS!!! attente n’est en aucune façon « attentisme »! C’est le propre de la démocratie « à la française », de se complaire dans un attentisme de bon aloi, comme le Hollandais Volant ne gardant bien le cap que dans la tornade tempétueuse avant de plonger dans Charybde pour échapper à Scylla, et réciproquement; attraction du gouffre ?

  5. Il y en faudrait beaucoup,beaucoup d’autres comme vous, avec cet esprit « vent de liberté » pour garder notre VILLAGE toujours aussi charmant et agréable à vivre,dans l’esprit de Candide bien sûr!

  6. Merci Alex de souffler sur les girouettes trop souvent tournées sur la « bienpensance » et confortablement installées dans l’attentisme économique et /ou -inclusivement- le conformisme politiquement correct ambiant; compte sur moi pour prendre ma modeste part !

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