Marie-Paule, Prix Nobel de la Fesse

LECTEUR fc89

En octobre 1992, Georges Charpak, physicien au CERN, recevait le prix Nobel de physique pour « l’invention et la mise au point de détecteurs de particules, en particulier la chambre proportionnelle multifils. »

Marie-Paule, péripatéticienne notoire exerçant dans sa camionnette installée tout près du CERN, connaissait bien l’illustre chercheur et la plupart des membres (c’est bien le mot) de son équipe. C’est donc tout naturellement que, dans la foulée, lui fut décerné le Prix Nobel de la Fesse. Elle écrivit aussitôt à Candide pour confesser ses émois. Pour des raisons de décence, nous avons hélas dû mettre hors circuit quelques pièces de son accélérateur de particules…

« Mon Candide,

T’as dû l’assavoir par les journaux, j’suis été Prix Nobel de la Fesse par l’Roi d’Suède. Avec ma copine d’Greny on a fêté ça, Clairette de Die, papette et tout. J’sais pas qui qu’à fait la d’mande, n’empêche qu’maint’nant, mon trou mignon l’est connu planétaire. J’ai presto r’monté les tarifs avec té-vé-a.

Des télégrammes d’félicite, des visites avec chauffeur-bagnole, qu’mon arrière grand-mère l’Ida d’Péron, l’a dû s’r’tourner dans sa tombe. Du coup j’ai installé l’radio téléphone, c’ui qui r’lie les hommes aux femmes.

L’premier à m’app’ler. Rubis sur l’ongle grand chef au CERN; qu’arrivait d’avion en p’lotant les hôtesses. M’a dit qu’j’étais son tunnel à particules, son accélérateur de Gennes, son Charpak de la molle-et-cul, et qu’j’faisais dresser son proton. Encore un nucléocrate j’ai pensé.

D’suit’ après, un qui cache sa bagnole derrière, m’saut’au cou, puis d’sus, puis d’sous, m’pelotonium l’oignon, m’cyclotronne l’anneau, m’collisionne au père-matazoïde.

Un téléphone d’Italie. Aqui Picasso, qu’y m’dit, congratulazione Maria-Paola, carissima piccina putta. Picasso, j’suis très flattemuche mais j’m’vois d’jà l’oeil d’travcrs, la gueule en carré, les nibards à la place du cul comme un tas d’chair mobile, et l’CERN ça peut péter aussi. Carissimo Picasso va donc voir à Guernica si j’y suis, tu pourras t’éclater. Ciao.

Autre téléphone, une voix d’outre tombe qu’annonce : Einstein spikingue, congratulations. « Aime égale, aime ces deux » qu’y m’dit. T’as la r’lativité cochonne, j’fais en raccrochant.

Hier ça allume rouge au radio téléphone, la panique. Ici les lits-zée qu’on m’dit, l’Président va vous parler. Merde alors, j’suis à poil, j’m’ets du rouge, une serviette entre les miches et j’écoute. Ici Dieu, qu’j’entends. Plutôt un mythe errant que j’me pense. Chère petite Marie-Paule, Prix Nobel de la Fesse, je te fais Chevalier de la Légion donneur. Moi Dieu sans prostate, reverdi et viril, j’te la r’mettrai personnellement où tu la mérites. A bientôt.

Vingt dieux, va falloir que j’mépile comme il faut, du bleu blanc rouge partout, même à la loupiote, un Nobel ça fait des frais, mais aussi d’la réputation.

V’la les dernières mon Candide, et l’hiver qu’arrive. Pis j’tai mis un peu d’fric de côté pour payer tes amendes, du flouze prop’et bien gagné, pas comme certains. Pis j’t’ai tricoté un passe-montagne.

Grosses bises d’ta Marie-Paule. »

10.10.1992

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