Régent

J’ai vraiment pas de bol ! Mon cahier est presque fini et j’avais des tas de choses à vous raconter, vu que depuis la dernière fois que je vous ai écrit et qu’il neigeait, y’a eu Pâques et pas encore La Trinité, mais comme dit mémé, ça vient vite.

Il fait beau et c’est tant mieux pour aller jouer dehors parce que je m’ennuie un peu à la maison vu que mes vieux, ça marche pas fort et quand les parents sont énervés, c’est toujours les enfants qui trinquent.

Mon papa il a été sur les nerfs, mais ça va un peu mieux maintenant. Il n’arrêtait pas de dire qu’il fallait y aller par touches, ou quelque chose comme ça. Je comprenais rien à ce qu’il disait. Il parlait d’articles du cahier décharge, mais maman elle a jamais écrit sur un cahier ce qu’elle jetait à la poubelle.

C’est mon pépé qui m’a expliqué. Vous savez celui qui est gros et qui a une grande barbe, même que c’est Antoine le coiffeur qui lui coupe, mais pas très souvent parce qu’il ressemble plus à un Père Noël qu’à un pépé normal.

Mais je l’aime bien quand même parce qu’il raconte des tas de bêtises mais quand je réfléchis le soir avant de m’endormir, je me dis que c’est pas toujours des bêtises. Ah oui, c’est vrai, je sais pas si vous savez, mais les petits garçons ça ne s’endort pas aussitôt comme le voudraient les mamans, même que souvent on fait semblant et qu’on va rechercher un livre sans faire de bruit quand la maman elle nous a embrassés, qu’elle a fermé la porte en laissant la lumière parce que, bon, on lui dit qu’on a peur dans le noir.

Je vais vous raconter la dernière histoire de mon pépé. Voilà. C’est un monsieur qui est très grand et très mince et qui porte de belles vestes parce que, dit mon pépé, il en ramasse partout. Ce monsieur très grand et très mince, il veut un ballon où c’est écrit 15 %. C’est celui-là qu’il veut et pas un autre. Bon, moi je le comprends parce que de temps en temps, je fais exprès un petit caprice, pour voir si mon papa et ma maman y vont céder.

Et des fois c’est mon papa qui dit oui mais ma maman elle est pas d’accord, alors elle me dit que bon, c’est d’accord, mais après elle parle à mon papa avec sa voix douce. Ça commence toujours pareil : tu sais mon chéri, je suis content que tu t’occupes de ton fils… (quand elle dit ton fils au lieu de Nicolas, j’ai compris que ça va être la fête à mon papa).

Je reviens à nos ballons parce que si je raconte tout ce que ma maman dit à mon papa, ça va pas vous intéresser.

Donc le monsieur tout grand et tout mince et bien habillé il s’accroche à son ballon 15 % et laisse partir tous les autres ballons, verts, rouges, bleus, jaunes, enfin toutes les couleurs qu’on aime bien quand on est petit, où c’est écrit des tas de mots que moi je les comprends pas tous. Il y a un ballon où c’est marqué article 3, un autre article 4, et y’a des tas de ballons avec des articles numérotés comme si c’était une vente de charité (là je vous dis que je connais parce que le curé il organise tous les ans avant que je parte en vacances une kermesse avec des jeux et où on vend des tas d’articles comme ça).

Y’a même un ballon rose où c’est écrit festival de musique.?Je m’en souviens parce qu’une fois y’a la Star’ac qui est venue à Divonne mais j’étais vraiment trop petit pour y aller et c’est pour ça que je suis content d’avoir grandi. C’est pas qu’ils chantent très bien mais ils sont habillés marrants avec des pantalons et des vestes bizarres.

Donc justement le monsieur qui est très grand et qui a aussi des tas de vestes il laisse partir tous les ballons sauf le ballon 15 % et il le montre à tout le monde en disant j’ai obtenu le 15 % mais les gens ils lui répondent, oui, mais t’es un c… (là j’ai pas le droit de dire de gros mots) parce que t’as laissé partir tous les autres ballons. Et les gens lui disent et combien tu l’as payé ton ballon et lui répond 350 000 euros. Là les gens lui disent qu’il est fou, mais je me demande si mon pépé des fois il n’exagère pas un peu, parce que 350 000 euros ça fait quand même beaucoup, même pour un ballon spécial où c’est marqué 15 %.

Voilà, l’histoire s’arrête là. C’est un peu comme les histoires idiotes que ma tata raconte et qui font rire personne sauf elle. Mais pour mon pépé il doit y avoir quelque chose là-dessous. Anguille sous roche, comme on dit à la fête de la pêche.

Je l’ai racontée à mon papa qui m’a dit que c’était une parabole. Mais je crois qu’on ne pourra pas prendre la TNT avec cette parabole-là. La TNT, il paraît qu’on l’aura quand je serai grand. Au fait, il n’a pas aussi laissé partir un ballon marqué TNT, le grand maigre ?

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