Lettre boîte

Ferney, lundi 29 juin à 16h05, accompagnée de mon fils de 18 ans, je marche avenue du Jura en direction de la douane pour prendre le bus de 16h09 à l’arrêt Brunette.

Peu avant le passage piéton du rond-point situé à hauteur de la résidence hôtelière « La Réserve », une voiture de la police nationale nous dépasse. Je remarque sans vraiment y prêter attention, que les policiers nous dévisagent avant d’engager leur véhicule dans le rond-point.
Après avoir fait un tour complet du rond-point, la voiture s’immobilise finalement devant « La Réserve » et 3 policiers en descendent.

Nous  traversons la route et apercevant un bus à l’approche, accélérons le pas pour rejoindre l’arrêt au plus vite. Nous passons devant les policiers qui nous gratifient d’un  » messieurs, dame  » auquel je réponds par un  » bonjour messieurs  » tout en continuant à marcher. Mais nous sommes rapidement stoppés dans notre élan par un :
– Hep’s là, police nationale !
Je me retourne et réponds machinalement au policier qui nous a emboîté le pas :
– Oui ? On va rater l’ bus
S’ensuit alors le dialogue suivant (les 2 autres policiers restés à côté du véhicule écoutant sans  participer) :
Policier : – Et alors, police nationale, contrôle d’identité !
Moi : – Mais  on n’a rien fait, on va juste prendre le bus  »
Policier, sèchement : – C’est un contrôle, alors présentez vos pièces d’identité.
Moi, agacée à l’idée de voir le bus nous filer sous le nez, mais tout en sortant les pièces demandées :-  Mais pourquoi? On n’a rien fait de mal !
Policier, toujours aussi sèchement en examinant mon passeport français sous tous les angles:
–  Je fais mon métier, c’est quoi votre métier vous ?
Moi, lui coupant la parole : – Mais pourquoi nous ? Vous nous avez dévisagés en passant à notre hauteur en voiture, avez fait le tour du rond point pour finalement nous arrêter et nous contrôler, pourtant on ne faisait rien d’autre que marcher sur un trottoir. J’aimerais juste comprendre pourquoi.
Policier, toujours dans l’examen de mon passeport après avoir jeté un rapide coup d’œil à la carte d’identité sécurisée de mon fils : – Et pourquoi à votre avis, hein pourquoi ?
Moi, plutôt ironique : – C’est justement ce que j’aimerais savoir.
Policier, franchement désagréable : – Parce que je suis policier et que c’est mon travail !
Moi, toujours ironique : – Ah d’accord, c’est ça votre travail.
Policier, encore plus désagréable et me rendant enfin mon passeport : – Oui, c’est ça mon travail. Et si vous ne voulez pas être contrôlés, vous n’avez qu’à rester chez vous !  »
Moi, interloquée : – Pardon ? Si on ne veut pas être contrôlé on n’a qu’à rester chez nous ?
Policier sans se démonter : – Oui c’est ça, chez vous !
Folle de rage, je tourne les talons et part enfin rejoindre l’arrêt du bus avec mon fils en rabâchant cette dernière réplique :  » on n’a qu’à rester chez nous,  on n’a qu’à rester chez nous …!  »

Voilà maintenant 37 ans que je suis arrivée dans le Pays de Gex, j’ai bientôt 42 ans et n’ai jamais commis ni délit ni infraction. Pourtant ce n’est pas la première fois, ces dernières années, que mon fils et moi subissons un contrôle d’identité alors que nous marchons innocemment  dans la rue, ou que nous attendons le bus.
Etonnamment aucune personne de mon entourage n’a fait les frais d’un tel traitement, alors difficile de ne pas se sentir victime d’un délit de faciès sachant que je suis d’origine africaine et mon fils métis.

Yolande Niaba-Pinard

Postez ici votre commentaire. Bravo et merci !